Autisme : mieux comprendre les particularités du toucher grâce à des souris 
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Autisme : mieux comprendre les particularités du toucher grâce à des souris 

Publié le 22 septembre 2026

Andreas Frick, Responsable du laboratoire de plasticité corticale à l’INSERM, U1215, Neurocentre Magendie (Bordeaux) et à la faculté de médecine de l’université de Heidelberg, lauréat du Prix Marcel Dassault 2019 

Les particularités sensorielles font partie des caractéristiques fréquemment associées aux troubles du spectre de l’autisme (TSA). Parmi elles, les différences dans la perception du toucher occupent une place importante : certaines personnes peuvent être très sensibles aux stimulations tactiles, tandis que d’autres semblent les percevoir moins intensément. Les mécanismes cérébraux à l’origine de ces différences restent cependant mal connus. 

Dans une étude récente, des chercheurs se sont intéressés à cette question à l’aide d’un modèle murin de l’autisme, c’est-à-dire des souris présentant une altération génétique reproduisant certains aspects biologiques des TSA. Pour étudier leur perception tactile, Andreas Frick, grâce au Prix Marcel Dassault, a conçu et développé pour la souris une tâche comportementale initialement utilisée chez l’humain. Cette tâche permet de mesurer avec précision la capacité à détecter de faibles vibrations appliquées à la peau. 

Les résultats obtenus avec cette tâche montrent qu’une partie des souris du modèle présente une moindre sensibilité aux stimulations tactiles légères. Cette difficulté n’est pas liée à un défaut des récepteurs sensoriels eux-mêmes, mais semble provenir de la manière dont les informations tactiles sont traitées par le cerveau. 

En enregistrant l’activité de centaines de neurones dans le cortex somatosensoriel — une région cérébrale impliquée dans le traitement du toucher — les chercheurs ont observé que les signaux sensoriels étaient moins bien distingués du bruit de fond neuronal. En d’autres termes, les informations tactiles pertinentes étaient représentées de façon moins précise, ce qui rendait leur détection plus difficile. 

L’étude met également en évidence une forte variabilité entre individus : toutes les souris du modèle ne présentent pas les mêmes difficultés, un résultat qui rappelle l’hétérogénéité observée chez les personnes autistes. 

Enfin, les chercheurs ont montré qu’il était possible d’améliorer la perception tactile en réduisant expérimentalement l’activité excessive de neurones corticaux. Cette intervention a permis d’augmenter la qualité de l’encodage neuronal des informations tactiles et d’améliorer les performances des animaux dans la tâche de détection. 

Ces travaux apportent un nouvel éclairage sur les mécanismes cérébraux pouvant contribuer aux particularités sensorielles observées dans l’autisme. Bien que l’étude ait été réalisée chez la souris, elle suggère qu’une altération de la manière dont les populations de neurones représentent les informations sensorielles pourrait jouer un rôle important dans certaines différences de perception tactile associées aux TSA. 

En résumé, cette étude montre que, dans un modèle murin de l’autisme, une diminution de la qualité de l’encodage neuronal des informations tactiles est associée à une moindre sensibilité au toucher. Ces résultats contribuent à mieux comprendre les bases neurobiologiques des particularités sensorielles observées dans les troubles du spectre de l’autisme. En outre, la mise en place d’une tâche translationnelle démontre la capacité à utiliser des modèles murins pour comprendre les aspects complexes de l’autisme. 

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