
Psychose : l'impact des traumatismes de l'enfance varie selon les pays et les parcours de vie
- Franck Schurhoff, psychiatre, professeur des universités-praticien hospitalier à l’Université Paris-Est Créteil et coordinateur du réseau Centres Experts Schizophrénie de la Fondation FondaMental.
- Pierre-Michel Llorca, professeur de psychiatrie au CHU de Clermont-Ferrand, coordinateur des réseaux nationaux de Centres Experts de la Fondation FondaMental.
- Andrei Szoke, psychiatre et chercheur à l’Université Paris-Est Créteil et à la Fondation FondaMental.
Depuis plusieurs années, les recherches montrent que les traumatismes psychologiques vécus pendant l’enfance peuvent avoir des conséquences durables sur la santé mentale. Parmi ces expériences figurent les violences physiques ou sexuelles, la négligence, les séparations familiales ou encore les situations de grande insécurité. Mais ces facteurs jouent-ils le même rôle partout dans le monde ? Et ont-ils la même influence chez toutes les personnes concernées ?
Pour répondre à ces questions, une étude européenne a recueilli des données provenant de plus de 1 000 personnes ayant présenté un premier épisode psychotique et de près de 1 500 personnes indemnes de trouble psychotique, recrutées dans 17 zones géographiques réparties dans cinq pays européens (Royaume-Uni, Pays-Bas, Espagne, Italie, France) et au Brésil. L’objectif était de mieux comprendre comment les traumatismes psychologiques survenus dans l’enfance influencent le risque de développer un trouble psychotique.
Les résultats confirment le fait qu’avoir vécu des expériences traumatiques durant l’enfance est associé à un risque accru de psychose à l’âge adulte. Toutefois, ce lien n’est pas identique en fonction du contexte. Les chercheurs observent d’importantes variations dans la fréquence des traumatismes rapportés ainsi que dans leur impact sur le risque de psychose. Ces différences suggèrent que le contexte social, culturel ou environnemental peut moduler les effets de ces expériences traumatiques précoces.
L’étude montre également que le risque de trouble psychotique varie en fonction du type de traumatismes. Les événements impliquant la menace, la violence ou l’hostilité semblent associés aux risques les plus élevés. Les chercheurs constatent par ailleurs que les effets varient selon le sexe : certaines formes d’adversité notamment les violences physiques ou sexuelles, apparaissent plus fortement associées à un risque de psychose chez les femmes. L’âge auquel surviennent les événements ainsi que leur répétition jouent également un rôle important.
D’autres parts, en termes de santé publique, les régions où les adversités dans l’enfance sont les plus fréquentes tendent également à présenter des taux plus élevés de troubles psychotiques. Cette observation renforce l’idée que les facteurs sociaux et environnementaux contribuent, à côté des facteurs génétiques, à la survenue de ces troubles.
Ces travaux apportent ainsi une vision plus nuancée de la relation entre traumatismes infantiles et trouble psychotique. Ils rappellent qu’il n’existe pas une cause unique à ces troubles, mais plutôt une combinaison complexe de vulnérabilités individuelles et d’expériences de vie. Ils soulignent également l’importance de la prévention des violences et de l’accompagnement précoce des enfants exposés à des situations difficiles.
En résumé, cette étude internationale montre que les traumatismes vécus pendant l’enfance constituent un facteur de risque important de trouble psychotique, mais que leur impact varie selon les populations, les contextes de vie et les caractéristiques des personnes concernées. Ces résultats renforcent l’importance d’une approche intégrant à la fois les dimensions biologiques, psychologiques et sociales de la santé mentale.


