
Trouble bipolaire : des traitements aux mécanismes encore mal compris
Dr Vincent Hennion, psychiatre, Praticien Hospitalier et Universitaire (PHU) au sein des Centres Experts Troubles Bipolaires et Dépressions Résistantes de l’hôpital Fernand-Widal, Paris. Thèse de sciences au sein de l’unité Inserm UMRS-1144 «Optimisation Thérapeutique en Neuropharmacologie»
Les stabilisateurs de l’humeur, comme le lithium ou l’acide valproïque, sont largement utilisés pour traiter les troubles bipolaires. Pourtant, leur mode d’action reste encore mal compris. Une étude récente explore une piste prometteuse : leurs effets sur l’épigénétique, c’est-à-dire sur certains mécanismes qui contrôlent l’expression des gènes sans modifier l’ADN lui-même.
Les chercheurs ont analysé l’impact de six stabilisateurs de l’humeur sur des cellules humaines en laboratoire. Ils se sont intéressés à plus de 80 gènes impliqués dans des processus épigénétiques, comme les modifications des histones (des protéines qui organisent l’architecture de l’ADN), qui participent à la régulation de l’expression des gènes.
Résultat : certains médicaments, en particulier l’acide valproïque, modifient fortement l’expression de ces gènes, ce qui posent la question de leur influence sur plusieurs mécanismes épigénétiques clés comme l’acétylation ou la méthylation des histones, qui jouent un rôle central dans l’activation ou l’inhibition de l’expression génétique. D’autres traitements, comme le lithium ou la quétiapine, semblent avoir un effet plus restreint, affectant un gène impliqué dans l’acétylation des histones.
Ces résultats suggèrent que les stabilisateurs de l’humeur, et surtout l’acide valproïque, peuvent agir sur des gènes impliqués dans les processus épigénétiques, impliqués dans la régulation de l’expression des gènes des cellules. Autrement dit, ils pourraient modifier la manière dont certains gènes sont utilisés, sans modification de leur séquence.
Cependant, les effets observés varient selon les médicaments et ne se traduisent pas toujours par des changements au niveau des protéines, ce qui invite à la prudence. De plus, cette étude a été menée sur des cellules en laboratoire, et non directement chez des patients. Il reste donc encore à montrer que ces effets sont effectivement liés à leur action comme régulateur de l’humeur dans les troubles bipolaires.
Ces résultats ouvrent néanmoins de nouvelles perspectives : mieux comprendre ces mécanismes pourrait permettre de développer des traitements plus ciblés et plus efficaces pour les troubles de l’humeur.


