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La piste immunologique est fortement suspectée dans la survenue des troubles du spectre de l’autisme

Publié : 30 août 2019

En analysant les caractéristiques immunitaires de 35 adultes atteints de TSA sans déficience intellectuelle, cette étude française, pilotée par la Fondation FondaMental, a montré l’existence d’une activation de haut niveau des cellules NK possiblement en rapport avec des évènements infectieux sous-jacents. 

 
Les troubles du spectre de l'autisme (TSA) sont des affections neuro-développementales hétérogènes caractérisées par des difficultés dans les interactions sociales, et des comportements et des intérêts répétitifs. Le nombre de cas ne cesse d’augmenter à travers le monde ces dernières années, atteignant le niveau alarmant d’un enfant sur 68 aux États-Unis, soit 25 fois plus qu’entre 1970 et 2012.
 
En lien direct avec l’existence d’interactions entre des facteurs génétiques et environnementaux, un dysfonctionnement immunitaire, qui se traduit par un état pro-inflammatoire, est de plus en plus considéré comme un facteur important dans la survenue des TSA.
 
L’hypothèse actuelle est que cet état inflammatoire pourrait résulter de la non résolution  d’infections maternelles pendant la période pré et périnatale en raison d’une inefficacité des réponses anti-infectieuses génétiquement déterminée.

Quel serait le rôle des cellules NK dans la survenue de l’autisme ?

Les cellules NK sont des éléments essentiels des réponses anti-infectieuses de l’organisme, en particulier contre les virus. Elles sont non seulement capables de détruire les cellules « contaminées » par l’agent pathogène en protégeant les cellules saines, mais aussi de produire un ensemble de cytokines pro-inflammatoires, engendrant un état d’inflammation qui témoigne de leur activation. 
 
Plusieurs études ont déjà démontré une augmentation significative de 40% des cellules NK chez les enfants atteints de TSA, avec ou sans déficience intellectuelle, par rapport à des témoins sains. Chez les adultes, cette augmentation ne persiste pas et le nombre de cellules NK devient progressivement similaire aux témoins sains. 
 
Pourtant, au sein de la cohorte InFoR-Autism, projet de recherche porté par la Fondation FondaMental, les cellules NK présentent un phénotype inhabituel chez 61% des adultes TSA sans déficience intellectuelle étudiés. Elles sont caractérisées par  une « signature » évoquant une stimulation infectieuse virale particulière constante. Ce taux est largement supérieur à celui du groupe témoin et oriente les chercheurs vers la piste infectieuse dans la survenue des TSA. 
 
 
Le graphique de gauche montre la fréquence plus importante du phénotype HLA-DR chez les patients TSA sans déficience intellectuelle (hf-ASD en anglais) par rapport au groupe contrôle (EFS-Ctl). Le graphique de droite montre la persistance de ce phénotype particulier tout au long des 3 années de suivi.

L'activation permanente des cellules NK dans les TSA pourrait contribuer à un cercle vicieux d'inflammation et de dommages au niveau du système nerveux central

Ces données inédites évoquent fortement  la survenue probable d’infections non résolues causées par des réponses anti-infectieuses non optimales probablement génétiquement déterminées chez les personnes TSA sans déficience intellectuelle. Cette hyper-activation anormale des cellules NK peut entraîner un état permanent  d'inflammation ayant des conséquences délétères sur le système nerveux central (SNC).
 
L’autre observation qui mérite d’être soulignée concerne la capacité anormale des cellules NK à produire des quantités importantes de cytokines pro-inflammatoires à l’état d’équilibre, c’est-à-dire en l’absence de toute stimulation, une situation déjà observée  pendant l’enfance chez les patients atteints de TSA, ainsi que dans divers autres troubles psychiatriques, notamment les troubles obsessionnels compulsifs, le stress chronique et la dépression. 
 
L’activation permanente de cellules NK avec la capacité de stimulation spontanée conduit à un phénotype d’épuisement cellulaire qui aggraverait la non-réponse au stimulus infectieux. 
 
Toutes ces anomalies pourraient être impliquées dans la modulation de certains symptômes spécifiques chez les personnes souffrant de TSA, comme la structuration du langage et la conscience sociale qui sont impliquées dans les relations avec les autres. 
 
Par conséquent, toute altération fonctionnelle des cellules NK pendant la période critique du développement neurologique peut affecter la construction du système nerveux central, entraînant des conséquences néfastes pour le cerveau à long terme.

Ces données ouvrent la voie vers de nouvelles interventions thérapeutiques

Ce processus chronique d’activation et d’inflammation des cellules NK chez les adultes atteints de TSA sans déficience  intellectuelle pourrait être à l’origine de certains symptômes et entraîner des changements durables de la réponse immunitaire, y compris à l’âge adulte. 
 
Ces découvertes récentes ouvrent ainsi la voie vers une meilleure compréhension des processus en cause dans l’apparition des TSA, mais aussi peut être un jour, dans leur prévention et leur traitement.
 
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