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Le rôle des facteurs de stress psychosociaux dans les troubles psychotiques

Publié : 14 juin 2021

Pour la première fois, une étude européenne s’est intéressée au rôle des facteurs de stress psychosociaux en simultané sur une population générale. Les résultats révèlent l’influence indépendante et cumulative des facteurs, présupposant une origine commune aux troubles psychotiques.

Étudier simultanément les facteurs de stress psychosociaux

Les troubles psychotiques sont des troubles psychiatriques caractérisés par la présence de symptômes psychotiques, c’est-à-dire d’idées délirantes et/ou d’hallucinations.
 
Il est établi depuis quelques années que les troubles psychotiques, dont la schizophrénie, sont, entre autres, causés par l’exposition à diverses sources de stress, en particulier par le stress psychosocial.
 
Cependant, le rôle précis des différents facteurs de stress psychosociaux reste encore à déterminer. Il s’agit notamment de définir si ces facteurs ont un rôle additif et indépendant ou s’ils sont en interaction les uns avec les autres. Or jusqu’ici, ces différents facteurs ont été étudiés indépendamment les uns des autres.
 
De plus, la plupart des études sur le rôle du stress psychosocial s’intéressent à des patients présentant des troubles psychotiques. Toutefois, chez ces patients, le stress associé aux troubles (hospitalisation, stigmatisation, consommation de substances, etc.) peut biaiser les résultats.

Déterminer le rôle des facteurs de stress psychosociaux en analysant les symptômes subcliniques des troubles psychotiques

Les symptômes subcliniques correspondent à des symptômes psychotiques présents, à des degrés divers, chez des individus sans troubles psychiatriques dans la population générale. Étudier les facteurs de risque associés aux symptômes subcliniques en population générale permettrait d’identifier les causes de la psychose, sans tenir compte du stress causé par les troubles. 
 

« Au lieu d’étudier des patients avec des troubles psychotiques, nous avons étudié des sujets issus de la population générale, en analysant des phénotypes psychotiques subcliniques qui, selon l’hypothèse du continuum psychotique, sont prédicteurs de ces troubles psychotiques », explique le Dr Baptiste Pignon, psychiatre aux Hôpitaux Universitaires Henri Mondor et membre de la Fondation FondaMental.

 
Les données sont issues de l'étude EU-GEI (Réseau européen de réseaux nationaux de schizophrénie étudiant les interactions gène-environnement), fournissant un échantillon international en population générale.
 
Cette étude européenne multinationale visait à déterminer le rôle précis de 4 facteurs de stress psychosociaux en les analysant de manière concomitante : les traumatismes psychologiques infantiles, les expériences de discrimination, les événements de vie stressants, ainsi qu’un bas niveau de capital social.

Une origine commune des troubles psychotiques ?

« Notre étude a montré d’une part que ces 4 facteurs de stress psychosociaux étaient étroitement corrélés les uns aux autres », révèle le Dr Baptiste Pignon. « D’autre part, ces 4 facteurs de stress psychosociaux étaient tous associés aux symptômes psychotiques mesurés, en faveur d’effets cumulatifs de chacun de ces 4 facteurs, et sans interaction significative entre eux. »
 
Tous ces différents facteurs de stress psychosociaux, à l’exception des expériences de discrimination, étaient associés de manière similaire aux trois dimensions de la psychose (positive, négative et dépressive).
 
Cette étude contribue à la compréhension des relations entre la psychose et les facteurs précoces de stress psychosociaux et les résultats confortent l’hypothèse d’une origine commune pour les trois dimensions de la psychose.
 
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Source : Baptiste Pignon, Pierre-Michel Llorca, Marion Leboyer, Andrei Szöke, Franck Schürhoff et al. // Schizophrenia Bulletin // The Independent Effects of Psychosocial Stressors on Subclinical Psychosis: Findings From the Multinational EU-GEI Study

 

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