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Les troubles psychotiques : agent de déclassement social

Publié : 23 mai 2016

Deux études épidémiologiques inédites en France confirmeraient l'hypothèse d'un déclassement social touchant les personnes atteintes de troubles psychotiques.

Une équipe Inserm (éq. 15, Inserm U955), membre de la Fondation FondaMental, vient de publier deux études épidémiologiques sur les liens de la prévalence et de l’incidence des troubles psychotiques avec les caractéristiques populationnelles de différents quartiers dans le Val de Marne. Inédits en France, ces travaux confirmeraient l’hypothèse du « social drift » - ou déclassement social touchant les personnes atteintes de troubles psychotiques - et suggèrent que les ressources de santé devraient être spécifiquement orientées vers les zones urbaines les plus défavorisées.

L’étude des facteurs de risque des troubles psychotiques : un outil pour la mise en place de mesures de prévention

Les troubles psychotiques (schizophrénie et troubles apparentés) sont parmi les pathologies psychiatriques les plus sévères. Fréquents et chroniques, ils débutent chez l’adulte jeune : près de 2% des jeunes adultes et des adolescents développeront un trouble psychotique, parfois marqué par une évolution chronique, nécessitant de suivre des traitements à vie.

Les facteurs d’environnement sont à l’origine d’une partie importante des cas et influencent l’évolution de ces maladies. Les identifier, connaître leurs mécanismes d’action permettrait de mettre en place des mesures de prévention individuelles ou collectives pour réduire l’exposition à ces facteurs de risque et diminuer ainsi le risque d’apparition de la maladie.

Les facteurs environnementaux sont mal connus en France. La plupart des données proviennent d’études réalisées en Grande-Bretagne et dans le Nord de l’Europe. En France, malgré une forte présence de ces facteurs de risque (cannabis, migration, urbanicité...), les données concernant leur rôle dans le développement des troubles psychotiques sont très limitées.

Première étude française sur les liens entre les variations de l’incidence et de la prévalence et des facteurs de risque

L'équipe Inserm a conduit, sur la même aire géographique (située dans le Val-de-Marne), deux études complémentaires portant sur les troubles psychotiques (schizophrénie et troubles apparentés).

Celles-ci ont permis de mesurer, à un niveau géographique infra-communal , le nombre de cas existants (prévalence) et le nombre de nouveaux cas observés (incidence) sur une période de 4 ans.  Les liens entre les variations de l'incidence et de la prévalence et des facteurs de risque décrits dans la littérature (mesures populationnelles de fragmentation sociale, pauvreté et de densité de migrants) ont été testées.

C'est la première fois en France que des données de ce type sont collectées, permettant de tester, dans le contexte français, certaines hypothèses de la littérature. C'est également la première fois que des études d'incidence et de prévalence, concomitantes, sur les mêmes aires géographiques sont réalisées avec ce degré de précision.

Les troubles psychotiques, un agent de «déclassement social» ?

Les résultats montrent que la distribution spatiale des nouveaux cas (incidence) de troubles psychotiques n'est pas associée aux facteurs étudiés. En revanche, la prévalence est significativement influencée par la pauvreté, avec des taux de prévalence plus importants dans les quartiers les plus défavorisés. Les deux études, analysées conjointement, sont en faveur de l'hypothèse d'un "social drift" : les sujets atteints de troubles psychotiques quittant les quartiers les plus "riches" pour se retrouver dans les quartiers les plus défavorisés.
 

Les ressources de santé dédiées aux troubles psychotiques devraient être préférentiellement orientées vers les zones urbaines les plus défavorisées.

Dr Andréi Szoke (Hôpitaux Universitaires Henri Mondor, Inserm U955)

Si ces études n'ont pas permis d'identifier, au niveau populationnel, des facteurs de risque qui pourraient faire l'objet de mesures de prévention, elles suggèrent en revanche que les ressources de santé (de type notamment centre de consultations médico-psychologiques) devraient être préférentiellement orientées vers les zones urbaines les plus défavorisées.

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Références :
Pignon B, Schürhoff F, Baudin G, Ferchiou A, Richard J-R, Saba G, Leboyer M, Kirkbride J, Szoke A. Spatial distribution of psychotic disorders in an urban area of France: an ecological study. Scientific Reports, 2016 May 18;6:26190.
Szoke A, Pignon B, Baudin G, Tortelli A, Richard J-R, Leboyer M, Schürhoff F. Small area-level variation in the incidence of psychotic disorders in an urban area in France: an ecological study. Social Psychiatry and Psychiatric Epidemiology, 2016 May 17

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