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Schizophrénie: mieux connaître les facteurs de risque

Publié : 25 juillet 2018

Les avancées scientifiques récentes ont mis à jour le rôle des facteurs environnementaux dans la schizophrénie. Mieux les connaître est indispensable pour adapter la prévention et l'offre de soins. Le point avec le Dr Andréi Szöke. 

 
Pendant de nombreuses années, la schizophrénie était considérée comme une pathologie aux origines exclusivement génétiques. Les avancées scientifiques récentes ont permis d’identifier le rôle des facteurs de risques environnementaux et de l’interaction entre terrain génétique et environnement.
 
Les travaux auxquels  ont participé Franck Schürhoff et Andréi Szöke, psychiatres des Hôpitaux Universitaires  Mondor et membres de la fondation de coopération scientifique FondaMental, lèvent le voile sur les facteurs génétiques et environnementaux impliqués dans les troubles psychotiques (schizophrénie et troubles apparentés).
 
Une avancée significative indispensable pour la prévention comme pour la prise en charge de ces troubles aux origines encore méconnues.

Une pathologie chronique invalidante

Rien qu’en France, près de 600 000 personnes sont ou seront touchées par la schizophrénie, le plus invalidant des troubles psychotiques. On estime à près de 3% le nombre de jeunes adultes et d’adolescents qui développera un trouble psychotique. Présente partout dans le monde, dans toutes les cultures et sous toutes les latitudes, la schizophrénie apparaît souvent chez l’adolescent et le jeune adulte et dure toute la vie. Un diagnostic précoce et une prise en charge adaptée permettent une meilleure réponse au traitement et affichent des taux accrus de rémissions et de réinsertion sociale.

Les facteurs environnementaux de l’Hexagone

Les chercheurs de l’équipe Inserm « Neuropsychiatrie translationnelle » (éq. 15, Inserm U955) ont publié deux études épidémiologiques qui ouvrent de nouvelles perspectives de recherche en France. Jusqu’alors, les chercheurs français disposaient de peu de données sur l’épidémiologie des troubles psychotiques et leurs facteurs de risque environnementaux ; la plupart des études provenaient de Grande-Bretagne et du Nord de l’Europe et n’étaient donc pas transposables à l’Hexagone.
Menés sur le territoire du Val de Marne, les travaux de Franck Schürhoff et Andrei Szöke, ont permis de comparer l’incidence (le nombre de nouveaux cas par période) et la prévalence (le nombre de cas à un moment donné) des troubles psychotiques : leurs résultats semblent conforter l’hypothèse d’un lien entre schizophrénie et déclassement social, la prévalence (mais pas l’incidence) étant plus importante dans les quartiers défavorisés.

Une étude européenne d’une ampleur inédite

L’équipe de recherche a également participé à un vaste programme européen (EU-GEI – European Network of National Schizophrenia Networks Studying Gene-Environment Interactions) d’étude des facteurs de risque environnementaux et de leurs interactions avec les facteurs génétiques. Il s'agit de la plus grande étude épidémiologique portant sur les troubles psychotiques depuis trente ans.
 
Jusqu’à présent, la comparaison des taux d’incidence de la schizophrénie dans différents pays était soumise à discussion, les précédentes études étant trop anciennes et menées selon des méthodologies différentes. Par son envergure, cette étude épidémiologique, menée simultanément pendant quatre ans dans cinq grands pays européens (Italie, Grande-Bretagne, Pays-Bas, Espagne, France) et au Brésil, permet enfin d’éliminer ces biais et d’observer des variations très importantes selon l’environnement, notamment entre les grands centres urbains et les zones rurales.
 
En France, on a comparé les taux d’incidence dans différentes aires géographiques du Val-de-Marne et de Paris (XXème arrdt) ainsi que dans une zone rurale du Puy de Dôme : l’incidence est plus de deux fois supérieure dans les grands centres urbains. Autres résultats notables : les hommes, les jeunes (18 à 24 ans) et les minorités ethniques sont davantage touchés par ces troubles que le reste de la population. Des différences que l’on retrouve de façon similaire en Grande-Bretagne entre Londres et une région rurale proche de Cambridge.

Le point avec le Dr Andrei Szöke, psychiatre dans le pôle Psychiatrie des HU Mondor à Créteil

 « Ces résultats nous ouvrent de nouvelles perspectives pour mieux comprendre les troubles psychotiques. Nous allons notamment poursuivre les analyses pour essayer d’identifier les facteurs sous-tendant l’association entre urbanicité et troubles psychotiques.

Nous pouvons avancer des hypothèses comme l’impact de la pollution ou la moindre cohésion sociale notamment. Nous devons également comprendre dans quelle mesure le stress –précoce et/ou prolongé-, comme les antécédents de traumatismes psychologiques infantiles (Baudin et al. 2016) ou les situations de discrimination représentent des facteurs expliquant le risque accru pour les minorités ethniques. 
 
Surtout, ces résultats sont indispensables pour adapter la politique de santé publique : nous avons déjà identifié les zones dont les besoins en soins sont importants et nous devons donc mieux répartir les ressources. Et en matière de prévention, cela permet de cibler les populations à risque afin d’essayer de prévenir l’apparition des troubles et en améliorer le pronostic. En effet le diagnostic précoce est essentiel : plus ces pathologies sont prises en charge rapidement, meilleure est la capacité à retrouver une vie normale. »
 
Grâce aux données de cette vaste étude épidémiologique, les chercheurs vont désormais s’intéresser aux facteurs de risque particuliers comme la consommation de cannabis, des facteurs génétiques –des milliers de marqueurs ayant été testés- et pourront également analyser les éventuelles interactions entre les facteurs environnementaux et génétiques. 
 
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Références :
 
Jongsma HE, Gayer-Anderson C, Lasalvia A, Quattrone D, Mulè A, Szöke A, Selten JP, Turner C, Arango C, Tarricone I, Berardi D, Tortelli A, Llorca PM, de Haan L, Bobes J, Bernardo M, Sanjuán J, Santos JL, Arrojo M, Del-Ben CM, Menezes PR, Velthorst E, Murray RM, Rutten BP, Jones PB, van Os J, Morgan C, Kirkbride JB; European Network of National Schizophrenia Networks Studying Gene-Environment Interactions Work Package 2 (EU-GEI WP2) Group.
JAMA Psychiatry. 2018 Jan 1
 
Baudin G, et al. FondaMental Academic Centers of Expertise for Schizophrenia (FACE-SZ) Collaborators.
Schizophr Res. 2016 Aug
 
Szoke A, Pignon B, Baudin G, Tortelli A, Richard JR, Leboyer M, Schürhoff F
Soc Psychiatry Psychiatr Epidemiol (2016) 51:951–960
 
Pignon B, Schürhoff F, Baudin G, Ferchiou A, Richard JR, Saba G, Leboyer M, Kirkbride JB, Szöke A
Sci Rep. 2016 May 18;6:26190.
 
Szöke A, Charpeaud Th, Galliot AM, Vilain J, Richard JR, Leboyer M, Llorca PM, Schürhoff F
BMC Psychiatry. 2014; 14: 78.

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