Troubles bipolaires, l'enjeu du diagnostic précoce

Dix ans s'écoulent en moyenne entre le premier épisode de trouble bipolaire et la mise en place d'un régulateur de l'humeur... 10 années qui impactent fortement la vie des malades et grèvent leur rétablissement. Le point avec Annie Labbé et le Dr Bruno Etain.

Les effets dévastateurs du retard au diagnostic

Dépister et diagnostiquer précocement

Pourquoi les troubles bipolaires sont difficiles à diagnostiquer?

Les troubles bipolaires sont des maladies difficiles à détecter et les erreurs de diagnostic sont fréquentes: on les confond avec la dépression, les troubles anxieux, les addictions ou encore les troubles de la personnalité.

Plusieurs raisons à cela:

  • La dépression est le symptôme qui s'exprime en premier lieu dans un grand nombre de cas et favorise un surdiagnostic de dépression.
  • Le début des états maniaques est généralement jugé plaisant par les patients et ne conduit pas à une demande d'aide.
  • Dans certains cas, les troubles du comportements ou l'apparition de symptômes psychotiques peut conduire également à une confusion avec la schizophrénie.
  • L'abus de toxiques, qui constitue une comorbidité importante des troubles bipolaires, peut masquer les autres symptômes et induire un diagnostic d'addiction.

Enfin, la survenue des troubles bipolaires à l'adolescence, à un âge où les variations de l'humeur sont perçues comme normales, explique le retard de l'accès aux soins.

Annie Labbé, atteinte de troubles bipolaires et préseidente de l'association Argos 2001, rappelle: "Le retard de diagnostic et l’absence de prévention sont la règle et conduisent à des prises en charge inadaptées qui font courir un grave danger aux malades. Cela est surtout vrai dans le cadre des troubles bipolaires mixtes, plus difficiles à identifier. Pendant 20 ans, j’ai été soignée pour dépression mélancolique pour laquelle on me prescrivait des antidépresseurs, très fortement déconseillés pour les personnes bipolaires".

Accepter le diagnostic, un parcours semé d'embuches pour les patients

L'annonce du diagnostic intervient souvent après plusieurs années difficiles et l'acceptation de la maladie est un processus lent.

Dans la majorité des cas, le diagnostic est "inacceptable" et n’est pas "entendu" ou "retenu" par le patient. Cette difficulté à accepter le diagnostic est préjudiciable à la mise en place d’une stratégie de soins. Dr Alain Gérard, psychiatre libéral

Emilie Guillon, auteur de la BD Journal d'une bipolaire (éditions La Boîte à Bulles), raconte: "J’ai été à la fois soulagée et en colère. Soulagée car j’avais enfin une explication à mes maux et en colère parce que les médecins qui m’avaient suivie jusque là refusaient de poser un diagnostic au motif que cela risquait de « m’enfermer » dans la maladie. Le paradoxe c'est aussi qu'avec un diagnostic, on devient « malade ». Il a fallu que j’accepte cette idée du « ça y est, c’est pour la vie ». Il faut aussi accepter de mener une vie réglée, pépère, de prendre son traitement tous les jours. Cela paraît simple mais ça ne l’est pas. Il faut réapprendre à vivre autrement."

À lire également

  • Comment diagnostiquer le trouble bipolaire?

    Les troubles bipolaires comptent parmi les maladies psychiatriques les plus sévères. Pourtant, ils ne sont pas une fatalité. Le diagnostic précoce et une prise en charge adaptée peuvent permettre de mener une vie normale malgré la maladie.

  • Les troubles bipolaires

    Anciennement appelés troubles maniaco-dépressifs, les troubles bipolaires sont une pathologie sévère qui touche entre 1 et 2,5% de la population.

  • PSY-COHorte

    Programme dédié à la création d’une cohorte nationale sur les troubles bipolaires et la schizophrénie, PSY-COHorte est un projet de recherche piloté par la Fondation FondaMental.