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Troubles bipolaires : une enquête inédite

Publié : 18 avril 2019

A l’occasion de la Journée mondiale des troubles bipolaires le 30 mars 2019, la Fondation FondaMental, l’association Argos 2001 et le Collège de médecine générale dévoilent les résultats d’une enquête inédite. L’objectif ? Identifier les actions prioritaires à mener pour améliorer la prise en charge des personnes vivant avec un trouble bipolaire.

L'enquête a été réalisée par Odoxa auprès de 1 000 Français et 154 médecins généralistes. En parallèle, la Fondation FondaMental a mené une consultation auprès des adhérents d’Argos 2001, qui a permis de recueillir les réponses de 116 patients et 63 aidants.

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+ Malgré un bon niveau général de connaissances, une zone d’ombre préoccupante perdure sur l’association entre troubles bipolaires et maladies cardiovasculaires

La quasi-totalité des Français - 94% - connaît au moins de nom la maladie (proportion stable depuis 10 ans 1). Seuls 35% d’entre eux sont capables de la décrire et 59% ne la connaissant que de nom. Par ailleurs, + de 80% des Français évaluent de façon correcte la prévalence des troubles bipolaires, le risque de suicide associé ainsi que la nécessité de prendre un traitement à vie. On observe d’ailleurs une forte progression du niveau de leurs connaissances en 10 ans sur certains items 2. Ces résultats sont encore meilleurs chez les médecins généralistes, les patients et les aidants avec des taux de réponses qui varient entre 86% et 97%.

Toutefois, le lien entre troubles bipolaires et maladies cardiovasculaires, reste lui très méconnu : 79% des Français et 68% des médecins généralistes l’ignorent ! Et ce taux reste important chez les patients et les aidants : respectivement 62,9% et 61,9%.

Ces résultats sont très préoccupants, d’autant que le risque cardiovasculaire est accru chez ces patients. Au sein de la Fondation FondaMental, nous avons montré que la prévalence du syndrome métabolique est deux fois plus importante chez les patients qu’en population générale. Ces anomalies métaboliques (diabète, glycémie, hypertension…) prédisposent aux maladies cardiovasculaires qui sont la première cause de mortalité de nos patients. Il faut réagir, la sensibilisation des acteurs est un chantier urgent à mener.

Marion Leboyer, directrice de FondaMental

+ L’emploi, 1ère préoccupation des patients selon les Français, les patients et les aidants

52% des Français, 69,9% des patients et 65,1% des aidants estiment que le maintien ou le retour à l’emploi constitue le premier des défis auxquels sont confrontés les malades. On observe des variations selon les populations quant à l’identification des deux autres défis principaux :

  • pour les patients, la tolérance aux effets secondaires est une préoccupation forte (50%) après l’emploi et juste avant le fait d’avoir une vie de couple (48%).
  • pour les aidants en revanche, la peur de la rechute hisse les préoccupations d’ordre médical en tête (60% identifient le fait de prendre son traitement et d’avoir une bonne hygiène de vie comme les deux défis prioritaires après l’emploi).

L’emploi est un garant d’autonomie et les difficultés dans l’emploi peuvent constituer des signaux d’alerte. C’est un enjeu à ne pas négliger !

Annie Labbé, présidente d’Argos 2001

+ Les médecins généralistes, des acteurs incontournables du repérage…

Les patients et les aidants consultent davantage leur médecin généraliste que la population générale (respectivement 84% et 76% vs 68% dans les 6 derniers mois) et évoquent plus facilement leur état psychologique avec lui (76,7% et 69,8% vs moins de 50% pour la population générale). La réticence à évoquer ses difficultés psychologiques est plus forte chez les Français et touche plus spécifiquement les jeunes : 53% des Français, parmi lesquels 60% des 18-24 ans et 64% des 25-34 ans, déclarent ne pas s’ouvrir facilement sur leur état psychologique à leur médecin généraliste. Cela constitue un frein au repérage précoce.

Cette situation est d’autant plus dommageable que les médecins généralistes ont une bonne connaissance des signaux d’alerte évoquant un trouble bipolaire : la suspicion d’un trouble bipolaire est envisagée par les praticiens à 91% devant des éléments évocateurs d’une crise maniaque, à 84% face à un épisode dépressif récidivant et à 81% dans le cas d’antécédents familiaux.

La stigmatisation de la maladie mentale constitue pour toutes les personnes concernées une "double peine". Ces résultats démontrent que nos patients ne s’autorisent pas à parler librement, au point parfois de taire leur souffrance même à leur médecin de première ligne.

Pr Frédéric Urbain, Collège de médecine générale

+ … et des partenaires privilégiés des soins…

Devant des signes évocateurs d’un trouble bipolaire, 70% des médecins généralistes mettent en place un suivi conjoint avec un psychiatre. Pourtant, près de la moitié d’entre eux se déclarent « insatisfaits » de leurs relations avec les psychiatres.

En soins courants, face à un patient atteint de troubles bipolaires, 86% des médecins généralistes déclarent porter une attention prioritaire à l’observance des traitements, devant le risque suicidaire (77%), les éléments cliniques rapportés par les proches (53%) et les effets indésirables des traitements (47%).

Il est essentiel de prendre en compte les effets secondaires des traitements, de respecter au mieux les choix du patient et d’assurer un suivi régulier sinon le risque d’abandon est fort et la rechute sérieuse.

Annie Labbé, présidente d’Argos 2001

Seuls 14% d’entre eux citent le suivi des constantes métaboliques (glycémie, tension…) comme un paramètre d’attention et prennent davantage en compte les comorbidités somatiques chez les patients bipolaires que chez les autres patients.

Ces résultats corroborent une étude menée par la Fondation FondaMental selon laquelle 2/3 des patients bipolaires ne bénéficient pas d’une prise en charge spécifique pour leur prise de poids, leur hypertension (…) alors qu’ils sont des facteurs de risque des pathologies cardiométaboliques. Cela doit nous alerter !

Ophélia Godin, épidémiologiste à la Fondation FondaMental

+ … mais qui jugent difficile le suivi des personnes avec troubles bipolaires

90% des médecins généralistes trouvent les patients bipolaires difficiles à soigner, 86% leur consacrent plus de temps qu’aux autres patients et 77% ne demandent aucune compensation financière pour ces dépassements.

La difficulté des médecins généralistes face aux personnes avec un trouble bipolaire n’est pas une surprise et fait écho à celle des familles. Celles-ci évoquent notamment les stratégies de compensation ou de camouflage que certains patients adoptent quand ils sont dans le déni de la maladie.

Annie Labbé, présidente d’Argos 2001

Les médecins généralistes acceptent la surcharge de travail occasionnée par le suivi de patients bipolaires sans rechercher de compensation
financière (consultations dédiées ou cotation ALQP003). Il serait intéressant de creuser pour savoir si c’est une méconnaissance de ces dispositifs

Pr Frédéric Urbain, Collège de médecine générale

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Pour la Journée mondiale des troubles bipolaires, des événements ont lieu partout en France
Toutes les informations sur www.journeemondialetroublesbipolaires.fr
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1 Etude IPSOS mai 2009 – baromètre de la santé mentale
2 Etude IPSOS mai 2009 – baromètre de la santé mentale : +7 points sur la prise d’un traitement à vie, +14 points sur l’âge de début de la maladie)

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