
Mieux anticiper les rechutes dans la schizophrénie : un enjeu clé pour le suivi des patients
Ophélia Godin Epidémiologiste, chercheuse à l’Institut Mondor de Recherches Biomédicales et à la Fondation FondaMental.
La schizophrénie est une maladie psychiatrique chronique qui évolue souvent par phases : des périodes de stabilité peuvent être interrompues par des rechutes, c’est-à-dire le retour de symptômes psychotiques. Ces épisodes entraînent des conséquences importantes pour les personnes concernées : aggravation des symptômes, perte d’autonomie, hospitalisations répétées, difficultés sociales et professionnelles… On estime qu’environ 40 % des patients rechutent dans l’année suivant une hospitalisation, Pourtant, en pratique clinique, anticiper une rechute reste difficile.
Vers des outils cliniques plus fiables
Dans ce contexte, des chercheurs de la Fondation FondaMental ont mené une étude à partir de la cohorte française FACE-SZ, qui rassemble des adultes vivant avec une schizophrénie et suivis dans les Centres Experts coordonnés par la Fondation FondaMental. L’objectif était d’aller plus loin que la simple observation de liens statistiques, pour tenter de mieux prédire le risque individuel de rechute à partir de données recueillies en consultation courante.
L’étude a analysé des informations cliniques, sociales, thérapeutiques et biologiques chez 247 patients suivis entre 2014 et 2019. Nous avons testé plusieurs méthodes statistiques et de machine learning pour identifier les facteurs qui prédisent les rechutes psychotiques. L’utilisation de plusieurs méthodes permet de comparer la robustesse des associations : certains facteurs apparaissent comme statistiquement liés aux rechutes dans toutes les approches, tandis que d’autres ne le sont que dans certaines méthodes.
Les résultats montrent que le fait d’être un ancien fumeur est le facteur le plus souvent lié à une rechute quelle que soit la méthode utilisée. D’autres éléments comme le niveau de fonctionnement général, les symptômes positifs (hallucinations et/ou idées délirantes), les symptômes dépressifs et l’âge de la première crise peuvent aussi augmenter le risque, mais de manière moins régulière. Enfin, l’usage de cannabis, l’âge, le sexe, le niveau d’éducation ou certains traitements anticonvulsivants peuvent aussi influencer le risque de rechute, mais les résultats sont moins clairs selon les méthodes statistiques utilisées.
Des facteurs associés, mais une capacité prédictive limitée
Cependant, même en combinant tous ces éléments, la capacité du modèle à prédire précisément les rechutes psychotiques reste limitée. Ces résultats soulignent la complexité de la schizophrénie : les rechutes ne dépendent pas d’une cause unique, mais d’une interaction de nombreux facteurs encore imparfaitement compris.
Ces travaux montrent néanmoins l’intérêt de développer, à l’avenir, des outils de prédiction plus globaux, combinant données cliniques et biologiques, afin d’identifier plus tôt les patients à risque. L’objectif est clair : adapter le suivi et les soins avant qu’une rechute ne survienne, et ainsi améliorer la qualité de vie des personnes vivant avec une schizophrénie.


