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"Les découvertes convergent dans toutes les disciplines pour faire avancer notre compréhension des troubles bipolaires"

Publié : 26 octobre 2022

Directrice du Programme de Recherche sur les Troubles de l’Humeur (MDRP, Mood Disorders Research Program) à l’université de Yale (Etats-Unis), Hilary Blumberg a été l'une des premières chercheuses à identifier des différences cérébrales chez les personnes atteintes de troubles bipolaires. Avec elle, nous avons évoqué les découvertes récentes en neuropsychiatrie, qui permettront de mieux comprendre les troubles bipolaires et de réduire considérablement la souffrance des patients.

Professeur Blumberg, vous êtes la Directrice du Programme de Recherche sur les Troubles de l’Humeur (MDRP, Mood Disorders Research Program) à l’université de Yale (Etats-Unis). Quels aspects des troubles bipolaires sont actuellement étudiés à la faculté de médecine de Yale ?
 
Le Programme de Recherche sur les Troubles de l’Humeur rassemble des enseignants et des étudiants de tout le campus dans une approche interdisciplinaire, dans le but d’étudier les troubles de l’humeur et les troubles associés à travers de multiples niveaux de recherche. La recherche sur les troubles bipolaires s’est récemment concentrée sur la neuroimagerie pour étudier les circuits cérébraux. La recherche en imagerie est combinée avec une caractérisation précise des spécificités cliniques et comportementales des patients, et recouvre aussi bien l’aspect génétique et les cellules souches (par exemple, les mécanismes dans les neurones dérivés de cellules souches) que les essais cliniques psychothérapeutiques incluant des technologies digitales. 
 
Que peut nous apprendre la recherche actuelle sur les troubles bipolaires ? Selon vous, quels défis les chercheurs doivent-ils relever ? 
 
La psychiatrie est prête à opérer des changements profonds. Les découvertes convergent dans toutes les disciplines pour faire avancer notre compréhension des troubles bipolaires. J’ai de grands espoirs pour le futur de notre matière. 
 
Tout d’abord, nous avons des preuves convergentes concernant les circuits cérébraux impliqués dans les troubles bipolaires. En cela, le travail de la Fondation FondaMental a été crucial. Le Dr. Leboyer et ses collaborateurs sont des pionniers de la recherche innovante, et ont réussi à élucider ces mécanismes du cerveau, notamment grâce à de nouvelles recherches sur les mécanismes immunitaires. Cela nous permet de mieux comprendre les causes des troubles bipolaires et nous donne des cibles concrètes pour la recherche et les traitements. Cela nous aidera à réduire la souffrance et les risques suicidaires chez les individus vivant avec des troubles bipolaires. 
 
Nous avons également démontré que, chez un sous-ensemble d’individus affectés par un trouble bipolaire, les troubles peuvent s’accompagner de troubles du développement. Pour une majorité d’individus ayant un trouble bipolaire, l’adolescence et le début de l’âge adulte sont des périodes critiques où l’on constate souvent l’apparition de symptômes des troubles bipolaires, ce qui implique des trajectoires développementales altérées durant cette période de la vie. Nous pourrions être en mesure de limiter la progression de ces troubles en mettant en place des stratégies de traitement pour les jeunes patients, et cela nous donnerait également les moyens d’aider des individus plus âgés souffrant d’un trouble bipolaire. Les chercheurs se concentrent également sur l’une des complications majeures des troubles bipolaires, les tentatives de suicide. Il y a eu de nombreuses recherches sur la prévention du suicide, et nous progressons également sur ce sujet. 
 
L’un des défis majeurs que nous, chercheurs, rencontrons dans l’étude des troubles bipolaires, est l’hétérogénéité de cette maladie. Les troubles bipolaires peuvent être modérés ou graves, avec des patients qui traversent un nombre plus ou moins élevé d’épisodes, ainsi qu’une grande variété de symptômes qui diffèrent selon l’âge et le sexe des patients. Comme les tailles des échantillons dans chaque centre de recherche est souvent réduite, cela présente un problème pour la recherche : nous devons augmenter nos efforts. Ce que j’ai trouvé extraordinaire, c’est ce que la Fondation FondaMental a fait avec son réseau national de Centres Experts et de cohortes. Le Dr. Leboyer, avec la Fondation FondaMental, rassemble des chercheurs de toute la France dans une dynamique extrêmement collaborative, et à une échelle rarement vue dans les études. 
 
Que pensez-vous des actions de recherche et des équipements de la Fondation FondaMental, en particulier la cohorte FACE-BD et les Centres Experts ? 
 
En septembre, j’ai eu l’occasion de rencontrer le Dr. Leboyer et d’autres chercheurs de la Fondation FondaMental. J’avais déjà lu des articles sur leurs travaux novateurs, mais j’ai quand même été stupéfaite par l’ampleur de leurs recherches. Les circuits cérébraux sont l’un de mes sujets de recherche, et le centre Neurospin est un des leaders mondiaux de l’imagerie cérébrale. Les procédés avant-gardistes de Neurospin ont réellement le potentiel de faire progresser la recherche, tout comme les méthodes de pointe mises en place par la Fondation FondaMental dans d’autres domaines comme la recherche en génétique, la recherche sur les traitements, etc. 
 
De plus, la réunion de ces différents types de recherches permettra de comprendre les facteurs génétiques et environnementaux à l’origine des différences cérébrales dans ces troubles. Des approches multiples sont nécessaires en psychiatrie : chacune a ses avantages et ses inconvénients, et elles peuvent être complémentaires. Les études à grande échelle peuvent rassembler de nombreux participants et s’intéresser à plusieurs troubles, mais elles sont limitées par le nombre et la qualité des mesures qu’il est possible de réaliser dans des lieux différents. En revanche, les études menées à petite échelle permettent aux chercheurs de se concentrer sur une approche en profondeur dans des secteurs spécifiques, en apportant leur expertise dans une technique ou un champ de recherche en particulier. Avec son réseau de Centres Experts, la Fondation FondaMental réussit à avoir le meilleur de ces deux approches, car les chercheurs peuvent faire des analyses en profondeur dans chaque Centre Expert, avant de rassembler les informations au niveau national dans des cohortes comme Face-BD. 
 
Une autre chose qui m’a marquée dans le travail du Dr Leboyer et de ses collaborateurs, c’est leur approche réfléchie sur l’intégration des recherches provenant de disciplines variées. Cet effort coordonné de recherche sur les échantillons sanguins, la génétique, le système immunitaire, le métabolisme et d’autres facteurs, donne à la Fondation FondaMental de très riches bases de données pour les aspects cliniques et comportementaux des troubles bipolaires, grâce à l’aide d’experts cliniciens originaires de toute la France. La Fondation FondaMental porte également une attention particulière à des considérations très pratiques pour encourager les personnes à s’aider elles-mêmes, notamment pour avoir un mode de vie plus sain en encourageant la pratique d’une activité physique, ainsi qu’en améliorant l’alimentation et la qualité de sommeil. Nous voyons que plusieurs approches peuvent être bénéfiques pour de nombreuses personnes vivant avec un trouble bipolaire, en complément de traitements qui ciblent les mécanismes spécifiques des troubles bipolaires. 
 
 
Dans le futur, comment la faculté de Médecine de Yale pourrait-elle collaborer avec la Fondation FondaMental ? 
 
Nous avons hâte de poursuivre notre collaboration avec le Dr Leboyer et les autres chercheurs que j’ai eu la chance de rencontrer au mois de septembre. Plus nous coopérons, plus vite nous aurons des réponses pour venir en aide aux patients. Je me réjouis que la faculté de Yale s’associe avec la Fondation FondaMental pour faire progresser la recherche en psychiatrie, car nous avons de nombreuses opportunités de synergie. 
 
Ces collaborations internationales sont essentielles pour permettre aux chercheurs de prendre en compte l’hétérogénéité des troubles bipolaires, car cela nous permettra d’identifier des similarités ou des différences dans les troubles bipolaires dans différentes parties du monde. De plus, un plus grand nombre de participants pourra être étudié dans des échantillons combinés. Par exemple, nous pourrions rassembler les données collectées aux Etats-Unis et en France pour créer des bases de données communes ou pour répliquer les résultats de nos recherches.  Dans de nombreux domaines scientifiques, la faculté de médecine de Yale et la Fondation FondaMental partagent des domaines d’intérêt et des axes de recherche, comme la neuroimagerie, la génétique, et les mécanismes métaboliques et immunitaires. 
 
Le Dr. Leboyer et moi-même pensons ensemble à la nouvelle génération, car nous aspirons toutes deux à faciliter leur épanouissement en tant que jeunes chercheurs, à leur donner de quoi rêver et à les aider à comprendre l’importance critique de leurs travaux. Le domaine de la neuropsychiatrie progresse tellement en ce moment, avec des découvertes fascinantes, qu’il y a bon espoir que la nouvelle génération de chercheurs nous conduise vers une époque où la souffrance liée aux troubles bipolaires sera considérablement réduite. 
 

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