Troubles bipolaires, mieux soigner le syndrome métabolique

Hypertension, diabète, obésité... Ces maladies touchent plus fortement les personnes atteintes de troubles bipolaires. Responsables d'une mortalité prématurée, il est urgent de mieux les diganostiquer et de les traiter. Le point avec Ophélia Godin, épidémiologiste.

Risque cardiovasculaire accru et espérance de vie réduite dans les troubles bipolaires

Les troubles bipolaires sont associés à une espérance de vie réduite de 10 ans pour les patients. En cause, le suicide et les maladies cardiovasculaires.

De nombreuses études internationales et européennes ont en effet démontré que la prévalence du syndrome métabolique chez les patients bipolaires était deux fois plus importante qu'en la population générale. Cependant, aucune donnée française ne permettait d'en vérifier la validité sur notre territoire et aucune étude ne s'est intéressée aux facteurs de risque du syndrome métabolique chez les patients bipolaires.

C'est chose faite, depuis 2015, par les équipes de la Fondation FondaMental, qui ont mené une étude auprès de la cohorte française de patients bipolaires suivis par les Centres Experts FondaMental, en prenant en compte simultanément la sévérité de la maladie, les comorbidités, les traitements et la polypharmacie (prescription d’un grand nombre de médicaments).

Prévalence accrue du syndrome métabolique et déficit de prise en charge


Epidémiologiste, Ophélia Godin précise: "Cette étudeest la première à montrer que le syndrome métabolique est fréquent chez les patients bipolaires français. Nos résultats soulignent l’importance de prévenir et traiter les pathologies cardiométaboliques chez les patients bipolaires, ce qui permettrait à la fois de diminuer la mortalité liée à ces maladies somatiques et d’améliorer la qualité de vie des patients ainsi que l’évolution de la maladie."

En effet, les résultats sont sans appel: la prévalence du syndrome métabolique dans cette population est estimée entre 18,5 et 23%, soit environ deux fois plus qu'en population générale (où la prévalence du syndrome métabolique oscille entre 10 et 15%). Les principaux facteurs de risque sont : le sexe masculin (risque 2 fois plus élevé) et un âge supérieur à 48 ans (risque multiplié par 3.5). De plus, les patients sous antipsychotique atypique présentent un risque 2.5 fois plus élevé de souffrir d’un syndrome métabolique. Globalement, aucune association significative entre les caractéristiques de la maladie et la présence du syndrome métabolique n’a été observée.

L’étude des composants du syndrome métabolique montre également que parmi les patients bipolaires, 34,5% sont hypertendus, 32,8% ont un cholestérol bas, 28,3% ont de l’hypertriglycéridémie, 35,5 % ont une obésité abdominale et 16,1% ont du diabète.

Ces analyses révèlent par ailleurs que les patients bipolaires ne sont pas traités pour ces maladies cardio-métaboliques.

Plus de 2/3 des patients bipolaires ne reçoivent pas de traitement adéquat pour les pathologies associées au syndrome métabolique. Ophélia Godin, épidémiologiste

Vers une prise en charge intégrée prenant en compte toutes les dimensions de la maladie

Cette étude vient rappeler l'enjeu majeur d'une prise en charge globalisée des troubles bipolaires. Elle souligne le besoin d'une meilleure interaction et coordination entre les différents acteurs du soin et milite pour un dépistage systématique du syndrome métabolique en soins courant chez les patients bipolaires.

Le défi aujourd'hui, c'est que l'évaluation du syndrome métabolique, réalisée au sein des Centres Experts FondaMental, devienne systématique pour tous les patients. Ophélia Godin, épidémiologiste


Annie Labbé, diagnostiquée bipolaire à seulement 42 ans et présidente de l'association Argos 2001, regrette: "Peu de psychiatres ont une vision globale de la maladie et beaucoup se contentent de réguler les troubles de l’humeur, ignorant les maux du corps, tels que la prise de poids, les troubles du sommeil les maladies cardiovasculaires ou le diabète… Les patients, de leur côté, n’en font pas non plus état à leur médecin, concentrés qu’ils sont sur la gestion de leur humeur qui leur cause des souffrances plus importantes à leurs yeux, car elle fragilise leurs relations familiales, personnelles, affectives, professionnelles."

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J Clin Psychiatry. 2014 Oct;75(10):1078-85.
Metabolic syndrome in a French cohort of patients with bipolar disorder: results from the FACE-BD cohort.
Godin O, Etain B, Henry C, Bougerol T, Courtet P, Mayliss L, Passerieux C, Azorin JM, Kahn JP, Gard S, Costagliola D, Leboyer M; FondaMental Advanced Centers of Expertise in Bipolar Disorders (FACE-BD) Collaborators.

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