
« Maladie du foie gras » et schizophrénie : le rôle des facteurs métaboliques et inflammatoires
- Rudy Tokarski, chercheur à l’Institut Henri Mondor de Recherche Biomédicale, Laboratoire de Neuropsychiatrie Translationnelle (Université Paris Est Créteil, INSERM) et à la Fondation FondaMental
Les personnes atteintes de schizophrénie ont une espérance de vie réduite, notamment à cause de comorbidités cardiovasculaires ou métaboliques, comme l’obésité ou le diabète. Parmi celles-ci, la maladie du foie liée à une dysfonction métabolique (MAFLD) pourrait être particulièrement fréquente chez les personnes souffrant de schizophrénie. Cette maladie correspond à une accumulation de graisse dans le foie, sans rapport avec la prise d’alcool, c’est pourquoi elle est aussi connue sous le nom de « maladie du foie gras ».
Dans cette étude, nous avons examiné 1009 patients vivant avec une schizophrénie, recrutés dans la cohorte nationale FACE-SZ coordonnée par la Fondation FondaMental. L’objectif était de déterminer la prévalence de la MAFLD chez ces patients et d’explorer les facteurs sociodémographiques, cliniques, thérapeutiques et immuno-inflammatoires pouvant être associés à son développement.
Les résultats montrent que plus d’un tiers (36,6%) des participants souffrent de MAFLD, un chiffre bien plus élevé que dans la population générale. Les hommes, les personnes plus âgées, les fumeurs ou les individus en surpoids étaient particulièrement concernées. Certains médicaments psychiatriques utilisés pour traiter la schizophrénie, notamment la clozapine, l’olanzapine et la quétiapine, étaient aussi associés à un risque plus élevé, car ils peuvent favoriser la prise de poids et bouleverser le métabolisme. À l’inverse, la rispéridone semblait moins liée à ce risque.
Ces résultats ne doivent en aucun cas inciter les patients à arrêter leurs traitements, qui sont essentiels pour stabiliser la schizophrénie. L’objectif est plutôt de suivre de près leur santé métabolique et hépatique et de proposer, si nécessaire, des mesures préventives comme une alimentation, de l’activité physique et une bonne hygiène de vie.
Un autre point marquant de l’étude est la mise en évidence d’une signature pro-inflammatoire chez les personnes atteintes de MAFLD. Plusieurs molécules associées à l’inflammation, appelées cytokines, apparaissaient plus fréquentes chez ces patients : les CRP, TNF-α, IL-6 et IL-12/IL-23p40. Cela suggère que l’inflammation pourrait jouer un rôle clé dans les liens entre schizophrénie, troubles métaboliques et maladies du foie.
Ces résultats soulignent l’importance de dépister précocement la MAFLD chez les personnes atteintes de schizophrénie, notamment via des outils non invasifs comme le Fatty Liver Index (FLI), pour améliorer la prise en charge et la qualité de vie des patients. Les interventions ciblant l’inflammation et les facteurs métaboliques par l’adoption d’une alimentation équilibrée, d’une activité physique régulière et d’une meilleure hygiène de vie doivent également être intégrées dans la prise en charge globale.
Des études longitudinales seront nécessaires pour mieux comprendre ce qui provoque la MAFLD et déterminer si une prise en charge précoce de ces anomalies métaboliques et immunitaires pourrait prévenir l’apparition ou la progression de cette maladie chez les personnes souffrant de schizophrénie.


