Recherche menée au sein des Centres Experts

Focus sur : Les Centres Experts Dépression Résistante

Publié : 11 février 2015

Le réseau des Centres Experts FondaMental Dépression Résistante a été inauguré en 2012. Trois ans après, le Pr Aouizerate qui le coordonne, nous en explique l'importance. Professeur des Universités à l’Université de Bordeaux 2 Segalen, il est également praticien hospitalier au Centre hospitalier Charles Perrens et chercheur au sein de Neurocentre Magendie, INSERM U862 - Physiopathologie de la plasticité neuronale.

Pourquoi avoir créé un réseau de Centres Experts FondaMental dépression résistante ?

La dépression résistante est une forme particulière de dépression. Il est important de rappeler que la dépression touchera, au cours de leur vie, 19% des Français entre 15 et 75 ans, soit 8 millions de personnes. La sévérité des manifestations cliniques de cette maladie fait qu’elle pèse lourdement sur la qualité de vie des personnes qui en sont atteintes. La comorbidité (les troubles associés à la maladie, comme par exemple les pathologies cardiovasculaires) est également importante. Un dixième de ces personnes décèdent par suicide. La dépression est donc une maladie fréquente et sévère.

Il faut savoir que, parmi les personnes souffrant de dépression, 50 à 80% des malades connaîtront plus d’un épisode dépressif sévère au cours de leur vie. Si une grande partie d’entre eux peut être soignée efficacement, 20 à 30% présentent une forme chronique et résistante aux traitements antidépresseurs habituels, c’est la dépression résistante.

En 2012, il n’existait que très peu de données sur les spécificités des formes résistantes de dépression, si bien qu’il était impossible d’en identifier les facteurs de risque, d’en connaître les évolutions ou encore de juger de l’efficacité des stratégies thérapeutiques disponibles. C’est pour approfondir notre compréhension de cette pathologie et en améliorer la prise en charge que nous avons créé le réseau des Centres Experts FondaMental Dépression Résistante. Il s’appuie sur des équipes pluridisciplinaires, composées de médecins, psychologues, neuropsychologues et chercheurs, spécialisées sur cette pathologie.

Que proposent concrètement ces Centres Experts FondaMental dépression résistante ?

Aujourd’hui, les 11 Centres Experts dépression résistante présents sur le territoire national offrent un service de pointe aux psychiatres et médecins généralistes leur adressant des patients. Ils sont spécialisés dans l’évaluation, le diagnostic et l’aide à la prise en charge de la maladie. Ils proposent l’accès à un bilan exhaustif et systématisé réalisé en hospitalisation de jour ou complète. A l’issue de cette évaluation, ils adressent ensuite un compte-rendu détaillé au médecin référent, accompagnés de recommandations thérapeutiques. Les patients sont ensuite suivis lors de consultations annuelles.

Ce dispositif bénéficie ainsi aux patients, mais il permet également aux chercheurs de recueillir des données essentielles à la compréhension de la dépression résistante, et de constituer une base de données anonymisées destinée exclusivement à la recherche. Les Centres Experts FondaMental constituent ainsi de véritables plateformes à l’interface entre le soin et la recherche.

Quel bilan tirer de ces trois premières années d’activité ?

Nous avons mis en place une cohorte de patients dont les premières inclusions ont eu lieu en septembre 2013 et qui compte aujourd’hui presque 150 patients, ce qui est un beau succès.
Autour des activités principales des Centre Experts, nous organisons des réunions d’information à destinations des patients et de leurs proches, ou encore des associations de patients.

Nous remplissons également une mission de formation des professionnels : en 2015, 2 jours de formations seront proposés aux psychiatres et étudiants en psychiatrie dans chaque région où un Centre Expert dépression résistante est implanté, en partenariat avec le CHEM (Collège des hautes études en médecine).

Quelles sont les perspectives ?

Nous travaillons à la définition de recommandations construites à partir des travaux de recherche menés au sein des Centres Experts.Nous projetons également de participer à des congrès scientifiques.

Mais notre principal projet est la mise en place d’une biobanque : il s’agit de rassembler les échantillons biologiques prélevés sur les patients inclus. En effet, l’analyse de ces données biologiques pourra venir compléter celle des données cliniques, toujours dans le but de connaître le plus finement possible les mécanismes en jeux et les facteurs de risques de la dépression résistante. Avoir un maximum de données à notre disposition nous donne les outils pour comprendre, prévenir et mieux soigner cette maladie.

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