Passport BP : un parcours de soins innovant dédié aux personnes avec troubles bipolaires

Le projet d’expérimentation « Passport BP », porté par la Fondation FondaMental, vient d’être autorisé par un arrêté du ministère des Solidarités et de la Santé. Il propose une prise en charge spécialisée et coordonnée, associée au développement d’outils numériques, à l’utilisation d’algorithmes d’intelligence artificielle et à un modèle de financement au parcours de soins.

 
 
Dans le cadre de la réforme de l’organisation et du financement de notre système de santé conduite par Agnès Buzyn, un dispositif d’expérimentations pour l’innovation en santé a été lancé.
 
Passport BP, porté par la Fondation FondaMental, est le fruit d’une collaboration avec la start-up Sêmeia et 5 centres hospitaliers (CHU de Clermont-Ferrand, CHU de Besançon, CH Le Vinatier, CH Moulins-Yzeure et Hôpitaux Universitaires Henri Mondor AP-HP). Cette expérimentation associe également la société SBT Happyneuron, l’association Argos 2001 et l’Unafam.
 
Ses objectifs : améliorer le pronostic psychiatrique et somatique des patients, leur qualité de vie et leur satisfaction tout en améliorant la performance médico-économique du système de santé.

Une expérimentation qui concernera 2 000 personnes atteintes de troubles bipolaires

Ruptures dans le parcours de soins, accès difficile à la psychoéducation ou à la remédiation cognitive ou encore complications somatiques non prises en charge comptent parmi les difficultés rencontrées par les personnes avec un trouble bipolaire. Le projet Passport BP, soutenu par un budget de 5 millions d’euros sur les trois premières années d’implémentation, s’attache à relever ces défis auprès de 2000 patients sur cinq territoires représentatifs de l’organisation des soins en psychiatrie.
 
Ce projet a reçu le soutien de l’association Argos 2001 et de l’Unafam et sera déployé sur le CHU de Clermont-Ferrand (Auvergne Rhône-Alpes), le CH du Vinatier (Lyon, Auvergne Rhône-Alpes), le CH de Moulins-Yzeure (Auvergne Rhône-Alpes), le CHU de Besançon (Franche-Comté) et les Hôpitaux universitaires Henri Mondor APHP (Créteil, Ile de France). La durée de l’expérimentation s’échelonnera entre 3,5 ans et 4,5 ans. Une évaluation intermédiaire sera réalisée au bout de 3,5 ans.
 

« Cette expérimentation concrétise les transformations souhaitées par les cliniciens et les patients vers une prise en charge globale (psychiatrique et somatique) et spécialisée, au sein d’un modèle économique incitant à la qualité et à l’efficience. Elle préfigure des évolutions qui pourraient s’appliquer aux autres maladies psychiatriques comme la dépression ou la schizophrénie. » Pr Marion Leboyer, directrice de la Fondation FondaMental et directeur médical du Département médico-universitaire IMPACT (AP-HP)

Une innovation organisationnelle : un parcours de soins spécialisé et optimisé

En rupture avec le fonctionnement actuel de la psychiatrie française, Passport BP propose un parcours de soins spécialisé, spécifique aux personnes avec troubles bipolaires, en aval de leur passage dans un service de psychiatrie adultes (post-hospitalisation complète ou partielle ou à l’issue du passage en centre médico-psychologique). Le dispositif repose en premier lieu sur la définition, pour chaque patient, d’un plan de soins personnalisé bâti de façon pluridisciplinaire, élaboré au cours de consultations spécialisées longues, éventuellement complétées d’un bilan en Centre Expert FondaMental Troubles bipolaires dans les cas les plus complexes. Le suivi et la coordination de ce plan de soins personnalisés seront pilotés par un case manager (fonction assurée par une infirmière ayant reçu une formation dédiée spécifique). Ce dernier sera en charge de détecter les indices de détérioration de la santé du patient et d’ajuster le plan de soins en fonction. Il contribuera également à l’articulation ville - hôpital des différents acteurs sanitaires et médico-sociaux et favorisera la diffusion des bonnes pratiques.

Une innovation technologique grâce aux outils numériques

Le projet Passport BP s’appuie sur une utilisation intensive des outils numériques et le traitement massif de données de santé pour piloter le projet de soin du patient, répondre à ses besoins de santé et mettre à sa disposition des thérapies psychosociales peu disponibles en soins courants
 
Inédite, la solution MentalWise de Sêmeia permettra notamment un suivi rapproché des symptômes de la maladie facilitant la prise en charge rapide des crises et des événements somatiques. Au travers de l’utilisation de l’intelligence artificielle, MentalWise permettra également d'introduire des logiques prédictives dans la prise en charge orientant les actions de prévention et d’éducation des soignants vers les patients les plus à risque de crise maniaque ou dépressive, d'arrêt de traitement ou d'hospitalisation. D’autres outils numériques seront mobilisés enfin comme la solution SimpLe, un outil digital de psychoéducation, et la solution Happyneuron, un outil digital de remédiation cognitive.
 

« L’apport massif de données de suivi collectées automatiquement et l’utilisation de modèles prédictifs devraient permettre aux équipes soignantes d’anticiper les évènements graves survenant sur le parcours du patient. La mise à disposition de ces outils digitaux au service des soignants et des patients va profondément transformer la prise en charge de demain. » Daniel Szeftel, co-fondateur de Sêmeia

 

Une innovation de tarification grâce au financement au parcours de soins

Passport BP propose d’expérimenter un nouveau mode de financement avec une bascule progressive d'un financement par la dotation annuelle de fonctionnement (DAF), budget global inégalitaire, inefficace et peu propice au déploiement de nouvelles organisations, à un financement forfaitaire au parcours, afin de dégager de nouvelles ressources pour la psychiatrie française tout en réduisant la dépense pour la collectivité par la limitation des hospitalisations et arrêts de travail. Le nouveau mode de financement s’appuie également sur la mesure d’indicateurs de résultats qui importent aux patients, préalablement définis avec l’association Argos 2001.